Du mois de mai au mois de septembre, c’est la saison des marches dans l'Entre-Sambre-et-Meuse. Dans cette région, aux confins des provinces de Namur et de Hainaut, il n’y a guère de village ou de hameau qui ne possède sa "compagnie" qui a pour mission d'encadrer et protéger la sortie du saint patron local. Pour Ham-sur-Heure, celle-ci a lieu chaque année le dimanche qui suit le 15 août.

 

1° La Saint-Roch

paysbasEn 1635 lors de la Guerre de Trente ans, la France décide d'intervenir militairement contre l'Espagne dans ce qui deviendra la Guerre franco-espagnole. Les Français ont donc le choix entre passer à l'offensive par le sud en franchissant les Pyrénées ou attaquer les Pays-Bas au nord. Ils choisissent la dernière solution et c'est ainsi qu'en 1636 à environs 15km de Ham-sur-Heure, la place-forte de Beaumont est assiégée et les villages environnant occupés par les troupes à la fleur de lys. Ces conditions sont propices aux développement d'épidémie dont la peste. Fuyant la guerre et la mort, une partie de la population trouve refuge à Ham-sur-Heure en principauté de Liège. Malheureusement, ces réfugiées amènent avec eux la maladie et à partir du mois d'août 1637, la mort.

Les habitants du bourg prient alors saint Roch et lui élèvent une chapelle entre 1636 et 1638. La maladie faisant peu de victimes dans le village, une procession annuelle purement religieuse voit le jour en 1640 en l'honneur du saint.

Jusqu'au 19ème siècle, le manque d'archives nous empêche de suivre avec précision l'évolution de la procession et donc de savoir quand une escorte armée intègre celle-ci. Quoi qu'il en soit, il existait déjà dès l'Antiquité des gardes armés qui accompagnaient les diverses manifestations religieuses. Il n'est donc pas insensé de penser que cette intégration s'est faite assez rapidement.chapellestroch

Plus proche de nous, la première mention moderne de la marche date de 1863 et déjà tous les ingrédients s'y trouvent: trois jours de fêtes, présence de compagnies de marcheurs locales et étrangères, folklore et religion (leur importance respective variant au cours du temps) et rentrée dans la cour du château. Concernant la retraite aux flambeau, la seule certitudes est qu'elle avait déjà lieu avant 1914 soit bien avant que les autres marches ne la copie dans les années 1970.

Enfin en 2012, l'UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture, United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization) inscrit la Saint-Roch et quatorze autres marches au Patrimoines culturel immatériel de l'Humanité.


2° Le saint homme

Selon l'hagiographie, seul fils d'un consul de Montpellier, Roch nait dans cette ville vers 1340.

Orphelin très jeune,stroch Il fut confié à la garde de son oncle et étudia probablement la médecine (Montpellier possède depuis 1220 une école de médecine). À sa majorité, il fit voeux de pauvreté et partit en pèlerinage pour Rome, probablement par le chemin des Lombards (aussi appelé camino francescano - chemin des Franciscains).

Il s’arrêta dans plusieurs villes d'Italie atteintes par la peste (l'épidémie de peste noire tuait les malades en cinq jours) et s’employa à servir les personnes infèctées dans les hôpitaux. Rome étant attaquée du même mal, il s'y rendit, et s'y occupa de même pendant environ trois ans. À son retour, il s’arrêta à Plaisance, également en proie à l'épidémie.peste

Roch finit par attraper lui-même la maladie et il se retira dans une forêt près de Plaisance pour ne pas infecter les autres. Seul un chien vint le nourrir en lui apportant chaque jour un pain dérobé à la table de son maître. Ce dernier, intrigué par le manège de l'animal, le suivit en forêt et découvrit le saint blessé, qu'il put ainsi secourir. Saint Roch est généralement représenté avec son chien (Saint Roquet, d'où le terme de roquet pour désigner un chien), dont il est inséparable, d’où l’expression, pour parler de deux personnes inséparables : « c'est saint Roch et son chien ».

Quand il revint dans sa patrie vers l'âge de trente ans, Roch était défiguré par les mortifications qu'il avait subies. À Milan, déchiré par une guerre civile, il fut pris pour un espion et jeté au cachot. Par humilité, il y demeura incognito et périt dans la misère vers 1378, ses concitoyens ne s'étant rendu compte que trop tard de leur méprise.

Saint Roch fut enterré à Voghera qui, immédiatement après sa mort (avant 1391) lui consacra une fête. Sa dépouille mortelle, gardée dans l'église qui lui est aujourd'hui dédiée, fut volée, ou fit l'objet d'une transaction, en février 1485 (à l'exclusion de deux petits os du bras) et transportée à Venise, où elle est toujours, hormis quelques reliques.

Il fut canonisé par le Pape Grégoire XIV (1390-1391) et est devenu, entre autre, le saint patron des chirurgiens et des maîtres-chiens.

 

N.B. :

  1. Lorsqu’il est question de l’homme, seul le prénom est un nom propre et on écrit : « saint Roch ».
  2. Lorsqu’il est question de la chapelle, ou de la marche, l’ensemble forme un nom propre et on écrit : « Saint-Roch ».